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Rapport conjoint de 15 organisations : un premier trimestre 2026 alarmant pour les droits humains au Burundi

Le Collectif des Avocats pour la Défense des Victimes de Crimes de Droit International commis au Burundi (CAVIB), aux côtés de quatorze autres organisations burundaises de la société civile, a participé à la publication d’un rapport conjoint portant sur la situation des droits humains au Burundi durant le premier trimestre de l’année 2026. Rendu public le 19 mai 2026, ce rapport documente de nombreuses violations graves des droits humains enregistrées entre janvier et mars 2026 et met en lumière la persistance d’un climat d’insécurité, d’impunité et de restrictions des libertés fondamentales dans le pays.

Le rapport conjoint est signé par ACAT-Burundi, APRODH, CAVIB, CB-CPI, CBDDH, CDH-VICAR, CREDEJ, ESDDH, FOCODE, FORSC, le groupe des médias Inzamba, Renaissance et RPA, le Mouvement INAMAHORO, MFFPS, la Ligue Iteka et Light for All. Ces organisations ont documenté des violations touchant notamment le droit à la vie, l’intégrité physique, les libertés publiques, les droits des détenus, les violences basées sur le genre, les droits des réfugiés ainsi que les questions liées à la justice transitionnelle. À travers cette activité, les organisations entendent interpeller les autorités burundaises sur le respect de leurs engagements constitutionnels, régionaux et internationaux en matière de droits humains.

Selon les données recueillies dans le rapport, au moins 111 personnes ont été tuées durant le trimestre, dont 60 corps retrouvés dans différentes localités du pays. Les organisations rapportent également 40 cas de violences basées sur le genre, 14 cas d’enlèvements ou de disparitions forcées, 9 arrestations arbitraires ainsi que 8 cas de traitements cruels, inhumains ou dégradants. Les signataires précisent toutefois que ces chiffres ne représentent qu’une partie visible d’un bilan qu’ils estiment beaucoup plus lourd. Le rapport revient également sur les explosions du 31 mars 2026 au camp militaire de Musaga, près de la prison centrale de Mpimba, qui auraient causé des morts et des blessés parmi les détenus, soulevant de sérieuses préoccupations liées à la sécurité publique et à la protection des prisonniers.

Le rapport met également en évidence la surpopulation carcérale alarmante observée dans plusieurs prisons du pays. Entre janvier et mars 2026, la population pénitentiaire est passée de 12 747 à 12 938 détenus. Certaines prisons affichent des taux de surpopulation extrêmement élevés, notamment Muramvya avec 1009 %, Mpimba avec 521,7 %, Ngozi hommes avec 442,2 % et Gitega avec 348,3 %. Les organisations dénoncent des conditions de détention dégradantes caractérisées par le manque d’espace, les difficultés d’accès aux soins et les pénuries alimentaires dans plusieurs établissements pénitentiaires. Elles dénoncent également les cas d’enlèvements et de disparitions forcées attribués à des individus identifiés comme des agents de l’État, des policiers, des Imbonerakure ou des personnes agissant avec leur complicité présumée.

Le rapport attire aussi l’attention sur le rétrécissement de l’espace civique au Burundi malgré les discours officiels mettant en avant des progrès démocratiques. Les organisations évoquent des intimidations, des restrictions à la liberté d’expression, des obstacles au travail des journalistes et des difficultés persistantes pour les voix critiques. Le contexte économique préoccupant, marqué par la flambée du coût de la vie, les pénuries de produits essentiels et le chômage, est également présenté comme un facteur aggravant la vulnérabilité des populations. Le secteur éducatif est particulièrement affecté par les départs d’enseignants vers l’étranger en raison des faibles salaires et des conditions de vie difficiles.

Concernant les réfugiés, les organisations expriment leur inquiétude face aux pressions exercées sur certains réfugiés burundais en Tanzanie afin de les pousser au retour, en violation du principe international de non-refoulement. Des cas d’arrestations arbitraires, de détentions et d’actes de torture auraient été signalés contre des réfugiés opposés à ces rapatriements forcés. Le rapport aborde également les préoccupations relatives à la Commission Vérité et Réconciliation (CVR), accusée de mener des enquêtes sélectives susceptibles de raviver les divisions au lieu de promouvoir une véritable réconciliation nationale.

À travers cette activité conjointe, les quinze organisations signataires appellent les autorités burundaises à garantir le respect du droit à la vie, à mettre fin aux arrestations arbitraires, aux enlèvements, aux disparitions forcées et à l’impunité, tout en renforçant l’indépendance de la justice et les libertés civiles et politiques. Elles invitent également les partenaires internationaux du Burundi à suivre attentivement l’évolution de la situation des droits humains et à conditionner leur coopération à des engagements concrets et vérifiables en matière de gouvernance démocratique et de protection des droits fondamentaux. Les États doivent respecter leurs engagements